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Histoire

"Aucune encyclopédie de musique ne citent les cigar box guitares"

Bart Hopkin.

Aux origines

Les boites à cigares

Une Cigar Box Guitar ou CBG est un chordophone relativement moderne, crée dans les années 1800 aux États-Unis et utilisés aussi bien par, les Afro-américains qui se sont inspiré notamment de chordophones africains, comme le N'goni, l'Akonting, le Kibangala, le Kabosy etc, que par les pauvres ruraux blancs qui ont eux aussi construit et joué de ces instruments bricolés: violon, guitare, mandoline, etc, avec les moyens du bord et faute de pouvoir s'en acheter.

C'est donc un instrument de musique à cordes dont la caisse de résonance est tout simplement une boite à cigares. Le mot "guitare" se réfère ici à la guitare traditionnelle et à la guitare basse et aussi à la famille des instruments de type ukulélés ou encore des violon, violes, violoncelles et des contrebasses. Les premiers modèles de CBG avaient une, deux ou trois cordes, le modèle moderne en utilise le même nombre ou plus. De manière générale, les cordes sont reliées entre l'extrémité d'un manche à balai ou un manche en bois et à un résonateur: la boite à cigares. A noter que l'on a de tout temps, fabriqué sur le continent nord-américain, et ailleurs dans le monde, des instruments à cordes en utilisant des boites de fortune comme caisses de résonance, et ce bien avant l'apparition des boites à cigares. Ces boites toutes faites ont juste facilité les constructions amateurs et et rendues populaires ces instruments.

Image de CBGs tirée de http://en.wikipedia.org/

Les boites à cigares que nous connaissons aujourd'hui n’existaient pas à l'époque. Aux États Unis aux alentours de 1800, les cigares étaient jusque-là emballés et expédiés dans des caisses et même des barils contenant des centaines de pièces, mises après coup à leur arrivée chez le détaillant dans des boites plus petites aux formats divers, placées sur les comptoirs, les clients achetant leurs cigares par petites quantités voir à l'unité. En 1862, le président Lincoln fit introduire une loi: le United States Revenue Act qui imposait une taxe sur une centaine de produits de la vie courante, dont les cigares. La guerre de Sécession en cours, fut à l'origine de cette loi, Lincoln ayant besoin d'argent pour la terminer. En 1865 une nouvelle loi obligea les fabricants a emballer les cigares dans des boites de 25, 50, 100 ou 250 pièces et ce, dès leur fabrication. Les timbres fiscaux étaient collés directement sur ces boites et les taxes prélevées à la source.

Le vieux "Abe" (diminutif d'Abraham et prénom de Lincoln) eut même droit à des boites faite à son effigie. Et même en signe d'hommage, sur les fameux timbres fiscaux quand il fut assassiné en avril 1865. Comme quoi les fabricants et les consommateurs n'étaient vraiment pas trop rancuniers.

Tax stamp, image tirée du site de collection http://cigarhistory.info/

Les boites musicales

On trouve des preuves écrites de l'existence d'instruments faits en boite à cigares de 1840 à 1860. Les plus anciennes preuves illustrées connues sont deux gravures datant de 1863-1865 montrant sur l'une, deux soldats durant la guerre civile dans un camp, dont un jouant sur un violon fait en boite à cigares, et sur l'autre, un soldat en train de se construire un violon dans une boite au siège de Charleston. Les gravures ont été créés par l'illustrateur et artiste Edwin Forbes, qui, sous la bannière du journal Frank Leslie Illustrated, a travaillé pour l'armée de l'union nordiste.

Image tiré du livre: Life Studies of the Great Army

La gravure des deux soldats a été incluse dans l’œuvre de Forbes: "Life Studies of the Great Army" , on y voit clairement, sur la boite du violon fabriqué, la marque de cigares "Figaro". En plus de diverses gravures, les plans pour un banjo en boite à cigares ont aussi été publiés par Daniel Carter Beard, co-fondateur des Boy Scouts of America, en 1884, dans le livre "Christmas Eve With Uncle Enos". Les plans, finalement rebaptisés "How to Build an Uncle Enos Banjo" pour le livre de Beard: "American Boy’s Handy Book" sont incorporés dans l'édition de 1890 comme matériel supplémentaire à la fin du livre. Ces plans font l'impasse sur l'histoire de l'instrument, mais montraient étape par étape, la description d'un banjo sans frettes de 5 cordes fait d'une boite à cigares. Il pourrait sembler à première vue que les premiers instruments en boite à cigares étaient extrêmement primitifs, mais ce ne fut pas toujours le cas.

Bill Jehle,conservateur du "National Cigar Box Guitar Museum" (voir ci-dessous), et auteur de: "One Man's Trash: A History of the Cigar Box Guitar", a acquis deux violons de boite à cigares de 1886 et 1889 qui semblent très jouables et bien construits. Le violon de 1886 a été fait pour un enfant de 8 ans et le violon de 1889 a lui, un manche et un chevalet bien taillés, ce dernier instrument a été conçu pour être joué sérieusement. Les guitares et les violons de boite à cigares ont également contribué à l'augmentation des jug et des blues bands. Comme la plupart de ces artistes étaient des noirs américains vivant dans la pauvreté, beaucoup ne pouvaient pas se permettre d'avoir un "véritable" instrument, ils utilisèrent alors toute sorte d'instruments improvisés comme la contrebasse faite à partir d'une grande bassine de lessiveuse, des cruches (jug) comme trompettes, des planches à laver pour la percussion, l'harmonica, et bien entendu des Cigar Box Guitars.

WWI

En Europe on retrouve des traces de ces instruments bricolés durant la guerre de 1914-1918. C'est l'artisanat insolite des tranchées, qui vit de nombreux soldats, de toute nationalité, au front ou prisonniers dans des camps, fabriquer des guitares mais aussi des violons, violoncelles, mandolines, etc, faits de caisses de munitions, de casques ou même de masque à gaz.

La paix revenu il faudra attendre la grande dépression des années 1930 pour voir une résurgence des instruments de musique faits maisons qui vont de nouveau s'effacer progressivement du paysage musical après la seconde guerre mondiale sans disparaître totalement. De grands artistes de blues, de rock, de country ou de jazz, blancs ou noirs ont eux à un moment donné de leur vie, une Cigar Box Guitar comme instrument d'apprentissage. Citons, entre autres: Jimi Hendrix, B.B King, Louis Armstrong, Roy Clark ou encore Carl Perkins. toutefois disparaître totalement.

Le renouveau

Come to the revolution...

Une renaissance moderne de ces instruments, aussi connue comme la Cigar Box Guitar Revolution, a eut lieu à la fin des années 1990, et continue de nos jours, avec comme conséquence une multiplication des constructeurs et/ou interprètes de CBG qui sont plutôt des instruments de type guitares actuellement et souvent sont electrifiées. Cette révolution se produisit aux États Unis d'abord avec des musiciens underground qui jouaient régulièrement dans des festivals dédiés à cet instrument ou lors des festivals de blues. Citons, là aussi entres autres: Docteur Oakroot, One String Willie, Richard Johnston, Seasick Steve, ou encore Shane Speal, auto-proclamé "King of Cigar Box Guitar" (roi de la Cigar Box Guitar) et ardent évangéliste de l’instrument.

Cette renaissance moderne est due à un regain d'intérêt pour les "jug bands" d'autrefois, comme les "one man band", la culture musicale underground ou alternative et celle du "D.I.Y - Do It Yourself" (traduisible par: Fais le toi même), le tout boosté par les possibilités actuelles de diffusion d'images, de sons, de vidéos, d'articles et de documents via internet et les réseaux sociaux.

cbg extravaganza image tirée de http://www.songsinsidethebox.com/main.html

Une boite de cigares est "relativement" bon marché, si l'on considère d'autres facteurs, tels que les cordes, les manches improvisés et les délais de construction à peu de frais, et sans outillage spécialisé, beaucoup de CBG modernes peuvent donc être considéré comme un type de pratique en lutherie, plutôt facile et surtout très ludique, avec la possibilité d'y ajouter de nombreuses touches personnelles, telles que des micros piézos electriques ou électromagnétiques, de cônes résonateurs comme sur les guitares de type Dobro ou tout simplement des décorations de la boite et du manche, transformant alors ce simple instrument en une œuvre d'art.

Ce mouvement a été immortalisée dans un film en 2008, "Songs Inside The Box" de Max Shores, qui a été tourné durant le festival annuel de Huntsville en Alabama : The Cigar Box Guitar Extravaganza et a contribué à mieux faire connaître, l'instrument, et ses interprètes. Le phénomène a aussi touché la France au début des années 2000 ou des artistes/fabricants et des événements comme le récent BSA CBG Festival, contribuent à son expansion dans l'hexagone.

L'histoire "moderne" de la Cigar Box Guitar ne fait que commencer...

Cette article provient de ma propre traduction, de l'article en anglais de Wikipédia consacré à la Cigar Box Guitar et que j'ai ajouté à la version française de Wikipédia déjà existante mais plus courte à la base.

Sur les racines africaines de la CBG, voir mon article dans Cigar Box Nation: Les CBG d'Afrique ainsi que celui sur sur l'artisanat des tranchées Les CBG dans les tranchées.

Pour plus d'informations sur les artistes précités voir à la rubrique Liens.


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Histoire de la CBG

Blackville

Le site (en anglais) d'un historien-collectionneur et fabricant de CBG. Depuis 1997 John McNair diffuse sur son petit site tout ce qu'il peut trouver sur les CBG et leur histoire. Ses archives sont tout simplement impressionnantes (en anglais).

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Cigar Box Guitar Museum

Shane Speal's Tavern

Shane Speal a ré-ouvert courant 2012 le musée de la CBG qui est hébergé dans la taverne familiale (bonne idée), qui fait aussi salle de concert. Un concept heureux qui se trouve à New Alexandria en Pennsylvanie (USA) (en anglais).

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Bill Jehle Collection

Bill Jehle a écrit à ce jour l'unique livre (en anglais) sur l'histoire de la CBG. il possède aussi un petit musée privé d'une centaine de pièces que l'on peut voir en ligne. Il est aussi fabricant et joue dans un groupe: le Nadaband (en anglais).

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